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Accord de paix au Moyen-Orient

Israël et l'Etat Palestinien signent un traité historique

Le jour même où éclatait l’affaire du collier de la Reine se produisit un événement international extraordinaire propre à changer le cours de l’histoire telle qu’elle s’était écoulée depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Cet événement, plus personne ne l’attendait en dépit de toutes les tentatives menées et qui s’étaient toutes avérées infructueuses sans qu’il fut possible de déterminer si c’était par manque de volonté des protagonistes ou tout simplement parce que la situation était définitivement et éternellement inextricable. Bien des personnalités mondiales les plus en vue s’étaient cassées les dents à tenter de sortir le conflit de l’impasse. Et pourtant elles auraient bien voulu pouvoir accrocher fièrement cette plume à leur chapeau.
Les tractations avaient été menées dans le plus grand secret entre les deux parties. Et au moment où elles avaient été sur le point d’aboutir, les négociateurs avaient redoublé de vigilance afin d’éviter que, de part et d’autre, des extrémistes de tous bords puissent tenter de faire capoter le processus. On était le lendemain des funérailles du Roi. Cela fit l’effet d’une bombe lorsque l’on vit à la télévision des images qui rappelaient la poignée de main entre Anouar El Sadate et Menahem Beguin se congratulant à Camp David. Rappelant avec la même émotion les accords de paix israélo-égyptiens, c’était cette fois le Président de l’État d’Israël qu’on vit serrer la main et donner l’accolade au Président palestinien après que chacun d’eux ait apposé sa signature au bas du protocole d’accord de paix et de partage des territoires, et de reconnaissance mutuelle de leurs états indépendants respectifs. Les frontières étaient redessinées de commun accord. Le monde avait attendu cet événement des décennies durant.
Une fois révélés les termes de l’accord de paix, les bulldozers sortirent des entrepôts où ils étaient remisés, rejoints bientôt par des chars tirés de leurs abris et immédiatement couverts de fleurs par une population ahurie offrant aux militaires des hibiscus, comme on le vit faire lors de la révolution portugaise des œillets. Engins de chantiers et engins chenillés s’attaquèrent de conserve au mur qui séparait l’État d’Israël des territoires palestiniens de Cisjordanie et de Gaza. Le mur de la honte tombait, exactement comme celui de Chypre s’était effondré, et comme l’horrible rideau de fer avait fini par se briser, à Berlin et tout le long de l’ancienne frontière qui avait incarné la terreur de la guerre froide.
Au moment même où les premiers pans de béton armé s’abîmaient, on enregistra les premières communications téléphoniques et les premiers messages électroniques entre la Flandre et le Moyen-Orient. On achetait. Du béton. Par surfaces entières. Si possible par pans de murs intacts. Au fur et à mesure que la muraille s’effondrait, elle trouvait acquéreur, dans des enchères téléphoniques frisant la folie. Puis le marché tomba aux mains de puissants lobbies flamands qui se mirent à acheter l’édification de béton avant même qu’elle ne soit démantelée. On voulait du bon, du réutilisable, du prêt à l’emploi. Flairant la bonne affaire, le coup rapide et fumant des daytraders, la spéculation mondiale n’allait pas tarder à se mêler à la curée. Il fallait faire vite. Dans l’ordre si possible, mais avant tout dans la précipitation.
C’est ainsi que moins d’une semaine plus tard, les premiers éléments du mur se virent acheminés par voie terrestre jusqu’aux ports les plus proches. Et quittant la Terre Sainte, ils furent embarqués à bord d’une flottille de bateaux avec pour destination les ports de hauts-fonds de Zeebrugge et Anvers où les cueillerait, comme on cueille des fleurs, une batterie de grues renforcée par tout ce qui pourrait se trouver de meilleur parmi les engins de terrassement.
Bientôt tous les éléments de ce gigantesque puzzle seraient agencés, s’étirant des plages du littoral à l’ouest jusqu’à proximité de la ville de Maastricht à l’Est, selon des plans en train d’être imaginés par une armée d’ingénieurs chargés de consolider le flanc sud de la future République des Flandres. L’affaire était trop bonne. On ne pouvait pas rater pareille occasion. Et dans la mêlée, il se trouverait bien quelques filières mafieuses pour refiler dans le lot quelques pièces de second choix rescapées des démantèlements de Berlin et de la rue Ledra à Nicosie, dut-on y découvrir des résidus porteurs de dioxine ou de radiations ionisantes.

La suite en lisant "Cornet de compromis bien salés, avec mayonnaise ou sauce balkan? Les 52 dernières semaines des carnets du citoyen Lambda."

http://www.tannguy.net/data/publications/tannguycornetdecompromis.pdf

Commentaires

La boîte aux secrets

Je crois que c’est à cette époque que le cousin Warnert a commencé à s’intéresser à moi. Pour peu que je me souvienne - mais que peut encore la mémoire après des années? - c’est à ce moment que je me suis pour la première fois senti mes petits seins naissants cernés, non! emprisonnés, du regard par les yeux du cousin Warnert. Ses lèvres pincées et retroussées qui suivaient son regard en disaient long. Mais je ne pouvais comprendre. En proie à un malaise que jusque là je n’avais jamais ressenti, je retrouvais à ce moment précis, pour la seconde fois dans ma petite vie, ces mêmes lèvres et ces mêmes yeux qui ne m’avaient pas lâchée un instant déjà le jour où, enfant encore, ils m’avaient surprise à profiter habilement du fait que l’étole en fourrure de ma grand-mère était un peu de travers pour glisser de sa joue vers le front du renard, appuyant très brièvement mes lèvres sur son pelage étrangement tiède, entre le museau et les yeux.

Par la suite, chaque fois que j’ai revu le cousin Warnert, il me semblait lire dans ses yeux cette même étincelle et sur ses lèvres serrées l’une contre l’autre, les rebords repliés au-dedans, cette même moue pincée derrière laquelle il essayait de cacher ses pensées et ses opinions toutes faites. J’appris plus tard à y lire l’entêtement et l’opiniâtreté tenace d’un narcissisme calculateur, toujours l’air de se demander « Par quoi - ou par qui - vais-je bien commencer? »

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