Romans

L’INCROYABLE VOYAGE de JOHN NASEKIDALTU

Le récit de ses aventures fantastiques

- Ma biche, dis-je en me soustrayant à son étreinte.

Je devrais dire en m’arrachant tant ce fut difficile.

- Ma biche, sorry mais je dois me lever.

Voilà près de deux heures que nous étions éveillés, ou beaucoup moins exactement, embrumés dans ces doux réveils des premiers matins d’amour.

- D’accord j’aurais pu y penser hier ou avant-hier. Mais on ne se refait pas. Je dois impérativement poster une lettre de candidature aujourd’hui avant la dernière levée, le cachet de la poste faisant foi. T’as une idée pourquoi la dernière levée du samedi est toujours à dix heures? Et que c’est toujours la veille de ces foutues échéances matinales que tu fais la rencontre qui va bouleverser ta nuit en attendant peut-être de bouleverser ta vie?

En réponse de quoi je reçus un grommellement mêlé de soupirs. Un sourire s’esquissa sur ses lèvres et la biche replongea dans les bras de Morphée auquel j’aurais bien disputé la place s’il n’y avait eu cette satanée lettre de candidature à envoyer.
Donc,...

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LE PUITS de NOÉ

(...) Au milieu de nulle part, il y avait un puits. D’eau. Potable. On n’y trouvait rien d’autre ou presque. Un fleuve? Peut-être. La mer? Oui, la mer. Ou plutôt l’océan, à l’occident. Et des forêts aussi, mais à quelques jours de marche.

Un jour désigne le laps de temps qui s’écoule entre un lever du soleil et le suivant, ou le précédant.

C’était un puits fait d’un simple trou en terre, et entouré d’un vague mur de bois, de pierres et de torchis, d’à peine une coudée de hauteur, juste de quoi empêcher un mouton ou une chèvre d’y tomber, et juste de quoi s’y asseoir pour se reposer.

D’âge en âge, à mesure que le niveau d’eau baissait, ceux qui étaient passés ici avaient petit à petit creusé le puits, toujours plus profond, consolidant les parois intérieures à l’aide des matériaux les plus divers qu’ils avaient pu trouver ou qu’ils avaient amenés dans leurs bagages et dont ils estimaient pouvoir se passer durant la suite de leur voyage. Tous ces matériaux descendus et façonnés dans le puits au fil du temps pouvaient ainsi raconter son histoire, le plus curieux étant que plus on descendait, plus on trouvait des matériaux récents, alors qu’étrangement l’eau au fond du puits remontait, dit-on, aux temps du Déluge.

C’est pourquoi on l’appelle le Puits de Noé.

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"LEVE-TOI ET MARCHE; NE TE RETOURNE PAS".

No hay camino, hay que caminar. Se hace camino al andar.

07 octobre 2010

Je reprends aujourd’hui mon bâton de pèlerin et repars sur les chemins. Pour l’heure, mon bourdon devient une plume, celle de l’écriture, et épouse symboliquement la forme d’un clavier. Telle sera cette fois ma troisième jambe tout au long de ce nouveau cheminement. Vers où? Je ne sais. Inexorablement en tout cas vers un occident réel ou imaginaire que bien des civilisations assimilent au royaume des morts et à celui de la renaissance. L’animal représentatif du pèlerin devrait être le phénix. Nouvelle quête de soi? Nouvelle étape à la rencontre de moi? Marche dans, avec et contre le temps.

(…)

06 juin 2012

Au terme de plus de vingt mois, mon chemin s’arrête ici, du moins celui-ci. Vingt mois, c’est « en gros », dit un éléphant, le temps de gestation de sa femelle.
Le devoir accompli, je dépose mon sac. Je n’irai pas plus loin.
Ma coquille et mon bourdon, je les garde pour mon dernier voyage.
Et ce sont ces graines semées au vent que je vous laisse en héritage.

Et votre chemin, il en est où ?

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RÉINCARNATIONS - APPRIVOISEMENTS

Les souffrances quatorze morts du jeune vieux Peter

Comme en prémices à un rituel de purification, les vendredis impairs une camionnette s’immobilisait invariablement devant la maison. Quelques minutes plus tard, dans un bruit de ferraille qu’on traînait, la porte s’ouvrait sur un grand casier fait de tiges de métal tressées et dont se dégageait une forte odeur d’amidon.

C’était le signe annonciateur des draps blancs frais et la promesse toujours attendue de pouvoir se glisser ce soir entre deux feuilles de coton raides comme du carton. Jamais ne m’effleura l’idée qu’il pouvait y avoir quelqu’un pour conduire la camionnette, décharger le casier, le tirer et le hisser au haut des trois marches menant à la cuisine. Que voulez-vous! Je n’avais pas encore reçu ces cartes joliment calligraphiées qu’à peine appris à lire vous devez déjà déchiffrer un beau matin en ânonnant sous les regards admiratifs de la famille «Enfin l’âge de raison, bravo Peter!».

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CORNET DE COMPROMIS BIEN SALÉS,
AVEC MAYONNAISE? OU SAUCE BALKAN?

Les 52 dernières semaines des carnets du Citoyen Lambda

Mes chers compatriotes,

Dans la peine qui vient de foudroyer notre famille, la Reine et moi, ainsi que nos enfants, beaux-enfants et petits-enfants, avons été très sensibles aux nombreuses marques de sympathie que vous nous avez témoignées tout au long de la douloureuse semaine qui vient de s’écouler. Et nous tenons à vous en remercier tous, et chacun d’entre vous en particulier au fond de vos foyers.

Ce soir, le Prince François-Ferdinand repose aux côtés des membres de notre famille qui nous ont précédés.

La subite disparition du Prince héritier nous a tous frappés de stupeur. Au cours des trente-cinq années de sa trop courte vie, le Prince a, dès son enfance, fait montre des qualités d’écoute, de ménagement et de négociateur qui promettaient d’en faire un jour indiscutablement un grand serviteur de ses compatriotes, de la nation et de son pays. Hélas, la mort l’a fauché dans la force même de sa jeunesse, l’attendant de manière inopinée aux détours des rochers qu’il avait tant de plaisir à escalader et qu’il connaissait depuis son plus jeune âge. Le destin tragique de ce grand sportif n’est pas sans rappeler la fin dramatique de son illustre aïeul dont l’image reste encore toujours gravée dans nos cœurs. Beaucoup parmi vous n’ont pu s’empêcher d’établir des rapprochements entre ces deux disparitions et de laisser s’écouler, à quelques dizaines d’années d’écart, un même et juste flot de larmes.

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